Face aux changements climatiques: Une stratégie collective pour l’Afrique

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Par Abderrahmane Mebtoul, professeur des universités

La COP 27 pour  la lutte contre le réchauffement climatique a lieu en Egypte  du  7 au 18 novembre 2022, une importante rencontre  engage la sécurité du  monde où l’Afrique fortement, touchée bien que non responsable,  doit parler d’une même voix.  Le réchauffement climatique, facteur stratégique peut avoir des conséquences dramatiques avec des incendies croissants, des pluies diluviennes, des vents violents  et une désertification croissante, une crise de l’eau douce qui pourrait entraîner des guerres pour se procurer cette  ressource stratégique de la vie.

1 – L’Afrique connaît un taux d’intégration relativement faible en termes d’intégration productive, les échanges intra-africains, qui correspondent à la moyenne des exportations et importations sont estimés actuellement à près de 16%, alors qu’ils représentent plus de 60% sur les continents asiatique et européen. La  ZLECAf entrée en vigueur le 1er janvier 2021, après ratification à la date du 20 janvier 2021 par 36 pays africains permettra-t-elle de dynamiser les échanges. Avec plus d’un milliard de consommateurs et un PIB combiné d’environ 3000 milliards de dollars américains pour le continent, la nouvelle zone de libre-échange continentale crée le deuxième plus vaste marché mondial derrière le Partenariat régional économique global en Asie et dans le Pacifique. Le PIB africain, tenant compte des stratégies d’adaptation dont les activités économiques écologiques à forte valeur ajouté doit être multiplié par au moins quatre à l’horizon 2030, si l’on veut éviter des tensions sociales de plus en plus vives au niveau de cet  espace. Un  faible taux de croissance a des répercussions sur le niveau du chômage souvent surestimé par les données officielles supérieures à 10%, avec des disparités pour certains pays africains dépassant les 20/30% tenant compte des emplois précaires et de la sphère informelle marchande, existant une sphère informelle productive, mais marginale. La sphère informelle est dominante  en Afrique  occupant entre  50/70% de la superficie économique et autant d’emplois, une place énorme et un manque à gagner considérable pour l’Etat alors qu’elle représente dans des sociétés organisées comme la Suisse (8% de l’économie globale), le Canada (15%) , l’Italie, pays de la «combinazione», affiche quant à elle avant son intégration à l’Union européenne ou ce taux dépassait 50%, un taux  inférieur à 25%. Elle  joue comme facteur de tampon social, constituée de jeunes entrepreneurs dynamiques qu’il s’agit d’intégrer d’une manière intelligente, sur le moyen terme  dans le cadre des valeurs internationales. La sphère informelle est le produit des dysfonctionnements des appareils de l’Etat et du poids de la bureaucratie. Lorsque un Etat par des actions autoritaires émets des lois qui ne correspondent pas à l’état de la société, celle-ci enfante ses propres lois qui lui permettent de fonctionner, sphère qui ouvre la voie à l’Etat de non-droit et à et la corruption par la domination du cash alors que l’économie moderne repose sur deux postulats le contrat et le crédit.

2 – Un intéressant rapport sur le scénario d’un brusque changement de climat et ses implications pour la sécurité nationale des États-Unis a été publié sous la direction des professeurs Peter Schwartz et Doug Randall, rapport commandé par le ministère de la Défense des États-Unis. Ledit rapport a été calqué sur l’événement qui s’est produit il y a 8200 ans et qui a duré 100 ans. Ce scénario de brusque changement est caractérisé par les conditions suivantes. Une baisse annuelle de la température moyenne de 2,75°C au-dessus de l’Asie et de l’Amérique du Nord et de 3,3°C en Europe. – Une hausse annuelle de la température moyenne de 2,2°C dans toute l’Australie, l’Amérique du Sud et le sud de l’Afrique ; des sécheresses persistantes tout au long de la décennie dans des régions agricoles vitales et dans les régions réservoirs d’eau pour les principaux bassins de population en Europe et dans la partie est de l’Amérique du Nord et les tempêtes de neige et les vents allant en s’intensifiant, amplifiant les impacts des changements. L’Europe de l’Ouest et le Pacifique Nord connaissent des vents renforcés.  Le rapport étudie comment le scénario d’un changement climatique aussi brusque pourrait potentiellement déstabiliser la situation géopolitique, entraînant des incidents, des combats et même des guerres dus au manque de ressources telles que un manque de nourriture dû à une baisse de la production agricole mondiale, une baisse de la disponibilité et de la quantité d’eau potable dans des régions clés, due au déplacement des précipitations, entraînant des sécheresses et des inondations plus fréquentes et une perturbation dans l’accès aux ressources énergétiques, due à l’étendue des glaces dans la mer et aux tempêtes. Selon cette étude, au fur et à mesure que la capacité de subvenir aux besoins se réduit au niveau local et global, les tensions pourraient augmenter partout à travers le monde, conduisant à deux stratégies fondamentales : la défensive et l’offensive. Les nations ayant les moyens nécessaires de le faire pourraient de fait construire des forteresses autour de leur pays, conservant ainsi leurs ressources pour elles-mêmes. Les nations moins fortunées, surtout celles ayant connu d’anciennes querelles avec leurs voisins, pourraient déclencher des conflits pour l’accès à la nourriture, à l’eau potable et à l’énergie. Cela rejoint les prévisions effectuées par le Groupe international sur le Changement climatique (IPCC) qui indiquent une hausse de la température de l’ordre de 2°C dans les 15 à 20 prochaines années, et jusqu’à 4° à la fin du 21e siècle.

3 – Pour l’Afrique, les ressources hydriques sont vulnérables aux variations climatiques. L’eau et sa gestion sont des problèmes conditionnant son avenir, le changement climatique pourrait placer ces pays dans des situations inconfortables puisque le volume maximal d’eau mobilisable est déficitaire. Le processus de changement climatique se traduira par une remontée des zones arides et désertiques. Des études prévoient pour l’Afrique une baisse des rendements agricoles du fait de l’accélération de la dégradation des sols et de la perte de terres productives. Le changement climatique touchera également la production des légumes dont les rendements diminueraient de 10 à 30% à et une baisse de rendement des légumes à près de 40%. Le changement climatique pourrait aussi entraîner une véritable crise migratoire. Dans le cas de l’Afrique,  les sécheresses des dernières années corroborent cet aspect : peu d’actions capables de limiter les risques ont été mises en place par les agriculteurs et les impacts ont été considérables. Dans une étude du FEMISE (Réseau euro méditerranéen) intitulée, «le coût économique du changement climatique dans les pays MENA : une évaluation quantitative micro-spatiale et une revue des politiques d’adaptation», les auteurs notent que les impacts pour les pays d’Afrique du Nord et du Proche-Orient (MENA) sont une baisse attendue du PIB de l’ordre de 0,4% à 1,3%, cette baisse pouvant même atteindre 14% si aucune mesure de lutte et d’adaptation face au changement climatique n’est adoptée d’ici à l’horizon 2030. Les effets attendus dans ces pays couvrent la diminution des ressources en eau, la dégradation des sols, l’élévation du niveau de la mer et la pénétration des eaux salées dans les terres, etc. De tels impacts sont susceptibles d’affecter les activités économiques, avec des effets importants sur l’agriculture et le tourisme, suite à la baisse significative des rendements agricoles et à la hausse de la salinisation des terres due à l’érosion et à la pollution des sols par le sel. De plus, le changement climatique aura des effets négatifs sur les écosystèmes provoquant ainsi la diminution de la biodiversité qui affecte les espèces individuelles dans les pays MENA. Ainsi, la hausse des températures et la baisse des précipitations attendues risquent d’augmenter la fréquence des sécheresses, ce qui va exposer des zones d’insuffisance en eau à l’horizon 2025/2030. De plus, en zone urbaine, une hausse des températures de 1 à 3°C pourrait exposer des centaines de  millions de personnes aux inondations côtières. (voir le débat du Pr Abderrahmane Mebtoul Radio Beur/Fm Paris  le 30/10/2022 17h  sur  enjeux géostratégiques et TV- LCP Paris chaine parlementaire sur le réchauffement climatique et la sécurité mondiale a été  diffusée le 31 octobre 2022 à 23h30 en présence de plusieurs experts disponible sur YouTube).

En conclusion, espérons que cette énième rencontre en Egypte,  proposera des solutions concrètes où le réchauffement climatique dont la responsabilité en incombe en premier lieu au pays développés y compris la Chine et la Russie gros pollueurs, avec un impact catastrophique sur les pays en voie de développement, notamment sur l’Afrique où les engagements de la COP21 ont été très partiellement appliqués. La lutte contre ce fléau lié au réchauffement climatique, avec des déplacements de population  des flux migratoires  inter et intra-continent, des enjeux de guerre dont la sécheresse et  l’eau ressource stratégique de la vie, l’on doit  généraliser les unités de dessalement de l’eau de mer pour réduire les coûts, développer les énergies renouvelables dont le solaire l’hydrogène vert et les activités écologiques créatrices de valeur ajoutée et d’emplois durables, les industries de la  vie pour paraphraser Jacques Attali. Cela  implique pour l’Afrique, et ce, en relation avec les pays développés et certains pays émergents les plus pollueurs qui ont une lourde responsabilité, des intégrations régionales avec une coordination sans faille des politiques publiques, loin des agrégats purement monétaires de court terme. Une nouvelle gouvernance et un nouveau modèle de consommation énergétique mondial s’imposent à terme, conditionnant le devenir de l’humanité entière qui s’oriente vers les 10 milliards d’âmes (8 milliards au

1er janvier 2022) dont les deux tiers concentrés dans la zone Sud, et notamment en Afrique qui concentrera à l’horizon 2040 le quart de la population mondiale.

  1. M.

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