Les défis de l’Algérie 2022/2025 face aux nouveaux enjeux mondiaux: De la transition d’une économie fondée sur la rente à une économie productive concurrentielle

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Par Abderrahmane Mebtoul, Professeur des universités expert international docteur d’Etat 1974

Agir en dynamique afin de corriger les déséquilibres économiques  et atténuer les tensions sociales, afin de favoriser la transition d’une économie fondée sur la  rente à une économie productive concurrentielle s’adaptant au nouveau monde, dans le cadre d’une planification stratégique  implique d’analyser sans complaisance, ni sinistrose, ni autosatisfaction, seulement un discours de vérité, privilégiant les intérêts supérieurs de l’Algérie,  la structure  actuelle de l’économie algérienne. Cette présente contribution est la synthèse d’une contribution transmise à l’agence internationale britannique Reuters, à leur demande.

1 – L’Algérie est toujours attentive au  cours du pétrole qui est côté le 1er Novembre 2022 18h GMT  à 94,69 $ le Brent et à 88,40 $ le Wit qui termine fondamentalement  l’équilibre de la balance  des paiements avec un cours euro/dollar de  0,9867 dollar un euro. Cette dépréciation de l’euro a pour  effet , une dépréciation des réserves de change libellées en euros, mais un gain pour les importations provenant de la zone euro , mais devant pondérer par le taux de l’inflation mondiale des produits importés  qui connaît un niveau record, expliquant la hausse des taux d’intérêts directeurs des banques centrales. Le PDG de Sonatrach  annonce des recettes de plus de 50 milliards de dollars, montant auquel s’ajoutent  les données du ministre du Commerce de 7 milliards de dollars hors hydrocarbures fin 2022 ce qui donnerait 57 milliards de dollars de recettes. Encore faudrait-il préciser si dans le montant des 50 milliards l’on inclut les dérivés d’hydrocarbures inclus par le ministère du Commerce  dans la rubrique  hors hydrocarbures ne devant pas faire un double emploi. Les dépenses sont estimées à 98 milliards de dollars réparties entre  les dépenses de fonctionnement, qui augmenteront à 9 767,6 milliards de dinars (+26,9%) et les dépenses d’équipement  à 4 019,3 milliards de dinars (+2,7%), par rapport à la loi de finances complémentaire (LFC) 2022. Selon le ministre des Finances, sur la base des recettes et dépenses prévisionnelles, le déficit budgétaire passera de 4.092,3 milliards de dinars (-15,9 du PIB) dans les prévisions de clôture pour 2022 à un déficit moyen de 5.720, milliards de dinars en 2023 (-20,6% du PIB), plus de  40 milliards de dollars au cours de 140 dinars un dollar,  contre 30 pour l’exercice 2022 au cours de l’époque. Cela montre que le prix fixé par la loi de finances de 50 $ pour la loi de finances 2022  et 60 $ pour celle de 2023  est un artifice comptable, l’Algérie selon le FMI dans son rapport de l’octobre 2022 pour l’équilibre du budget devant avoir un cours moyen du baril  à environ 150 $. Outre, d’autres facteurs comme  l’inflation importée, la faiblesse de la production et de la productivité, les surfacturations,   cette dépréciation du dinar  accentue  l’inflation qui entre janvier et octobre 2022 dépasse les 10%, pour certains produits entre 2008/2022  entre 50 et 100% comme les pièces détachées, avec des incidences sur le pouvoir d’achat, laminant les couches moyennes qui rejoignent les couches défavorisées. Les prévisions de la loi de finances 2023 sont optimistes, l’estimant à 5,3% en rappelant que  l’indice de l’ONS n’a pas été réactualisé alors que le besoin est évolutif , historiquement  daté. Par ailleurs, comme pour le calcul  du taux de croissance, un taux d’inflation faible  en T1 calculé par  rapport à un taux d’inflation élevé en T0 donne cumulé un taux d’inflation élevé influant sur le taux d’intérêt des banques primaires qui doivent ajuster  leur taux  à deux au moins pour éviter des recapitalisations.

– Les recettes en devises environ 98% provenant des hydrocarbures avec les dérivées qui sont inclus dans la rubrique hors hydrocarbures par le gouvernement  où sur les 7 milliards de dollars annoncés pour fin 2022, le ministère du Commerce ne devant pas  donner un montant global, mais l’éclater par produit  puisque  plus de 65% en valeur du fait de la flambée des prix proviennent des dérivées d’hydrocarbures  et pour les 35% restant dresser la balance devises (inputs importés en devises et exonérations fiscales). Grâce, notamment à l’évolution positive du cours des hydrocarbures via la dépense publique, le produit intérieur brut fin 2021 est de 160 milliards de dollars prévision 180 en 2022, un taux de croissance de  de 4,7% prévu par le FMI contre une prévision initiale de 2,3% et pour 2023  selon le rapport du FMI d’octobre 2023, il est prévu une baisse de la croissance pour l’Algérie à 2,6% en 2023, alors que le projet de Loi de finances (PLF) 2023, prévoit un taux de croissance de 4,1%. Pour une croissance durable, et des exportations hors hydrocarbures, condition d’ailleurs de l’adhésion aux BRICS, il faut   avoir des entreprises publiques et privées compétitives (coûts/qualité) dans le cadre des nouveaux avantages comparatifs mondiaux : sinon c’est comme un stade de 200.000 places sans joueurs, se limitant comme par  le passé à être toujours une économie rentière.   Pour les PMI/PME  après  toutes les formalités administratives et sa réalisation  il faut  trois ans minimum pour son parachèvement, T- 3  et ensuite, il faut  trois à quatre  ans à partir de son fonctionnement  pour atteindre le seuil de rentabilité  et  pour les projets hautement capitalistiques, créant peu d’emplois,  il faut entre  5/7 ans, tout  cela devant être encadré  par de profondes réformes institutionnelles, sociales  et économiques, le cancer du blocage étant le terrorisme bureaucratique qui engendre la corruption.

2 – La population au 1er janvier 2022  est estimé à  45 millions, une projection de plus de 50 millions horizon 2030, avec une population active d’environ  13 millions et un taux de chômage, selon le FMI 14% incluant les emplois de la sphère informelle  et les sureffectifs dans l’administration, devant créer entre 350.000/400.000 emplois par an. Existant un lien dialectique entre sécurité et développement cela nécessite un taux de croissance  de 8/9% sur plusieurs années pour atténuer les tensions sociales . Celles-ci sont atténuées  par les  transferts sociaux qui  représentent pour le PFL 2023, plus de 5000 milliards de dinars soit plus de  36/37 milliards de dollars, contre  à 19,7 % du budget de l’Etat de 2022 et  24% en 2021,  montrant le caractère  re-distributif de la richesse  rentière sans ciblage, celui qui perçoit 300.000 dinars par mois bénéficient des mêmes subventions que celui qui perçoit plus de 200.000. dinars.  La sphère informelle qui sert  de tampon social, l’emploi est d’environ 40% de la population active  canalise  entre 33 et 45% de la masse monétaire en circulation, le président  de la République algérien ayant donné fin 2020 entre 6000 et 10.000 milliards de dinars. Selon la banque d’Algérie entre 2019/2020,  la masse monétaire circulant en dehors du circuit bancaire, avait  atteint 6140,7 milliards de dinars (près de 47,23 milliards de dollars au cours de 130 dinars un dollar de l’époque ) soit une hausse de 12,93% par rapport à 2019.  Toutefois, le  stock de la dette extérieure est relativement faible,  à fin 2020 a atteint 5,178 milliards de dollars contre 5,492 en 2019, selon le rapport international Debt Statistics 2022  de la Banque mondiale et la dette extérieure  a été  selon le FMI de 2.4% en 2020,  de 6.5% en 2021 et une projection  de 7.7% en 2022, avec un accroissement de la dette publique, encore  soutenable, ayant représenté   50.7% du PIB en 2020,n 59.2% du PIB en 2021 et  une projection  de 65.4% en 2022 . Les réserves de change évoluent ainsi de 2001 à fin 2022 : – 2001 : 17,9 milliards de dollars – 2002 : 23,1 milliards de dollars, – 2003 : 32,9 milliards de dollar, – 2004 : 43,1 milliards de dollars, – 2005 : 56,2 milliards de dollars, – 2010 : 162,2 milliards de dollars, – 2011 : 175,6 milliards de dollars, – 2012 : 190,6 milliards de dollars, – 2013 : 194,0 milliards de dollars, – 2014 : 178,9 milliards de dollars, – 2015 : 144,1 milliards de dollars, – 2016 : 114,1 milliards de dollars, – 2017 : 97,33 milliards de dollars, – 2018 : 79,88 milliards de dollars. Depuis 2019, il y a eu une restriction drastique des importations en devises qui a paralysé  bon nombre de secteurs économiques, certaines unités fonctionnant à 50% de leurs capacités du fait que le taux d’intégration des entreprises publiques et privées    ne dépasse pas 15/20%, 80 à 85% des matières premières et équipements provenant de l’extérieur en devises  et avec un impact inflationniste, – 2019 : 62 milliards de dollars de réserves de change , – fin 2020 42 milliards de dollars  –  fin 2021 44 milliards de dollars – prévision fin 2022, si le cours du Brent se maintient à plus de 90/100 dollars et le gaz représentant environ 35% des recettes en devises  à 150/200 dollars le mégawattheure, en moyenne annuelle, conjugué avec la restriction des importations,  entre 54/55 milliards, le ministre des Finances l’estimant sur la base d’une excédent de la  balance commerciale fin 2022 de 17 milliards de dollars à 54,5 milliards de dollars. Liée au niveau des réserves de change à plus de 70%, comme toute économie rentière, la cotation du dinar est passée en 1970, à 4,94 dinars un dollar, en 1980 à 5,03 dinars un dollar, en 1990 : à 12,02 dinars un dollar, en 1995 à 47,68 dinars un dollar, en 1999 : 66,64 dinars un dollar -2001 : 77,26 dinars un dollar 69,20 dinars un euro : -2005, 73,36 dinars un dollar, 91,32 dinars un euro : – 2010, 74,31 dinars un dollar et 103,49 dinars un euro : -2015, 100,46 dinars un dollar et 111,44 dinars un euro-    2020 : 128,31 dinars pour 1 USD et 161,85 dinars pour 1 euro –  -14 janvier 2021  132,77 dinars et 161,13 dinars un euro ;  le  01 novembre  2022 , 140,31 dinars un dollar et 139,20 dinars un euro, avec un grand écart sur le marché parallèle , 218 dinars un euro  et 219 dinars un dollar – cours vente- ce taux devant  tendre, à court terme,  en fonction de la loi de l’offre et la demande du fait de la décision d’importation de voitures d’occasion et de la restriction à l’importation de  bon nombre de biens qui ont conduit à la sous utilisation des capacités des entreprises publiques et privées,  vers 250 dinars euro à court terme et beaucoup plus si l’on en cas de non-relance de l’économie, accentuant le divorce entre la cotation officielle et celle du marché parallèle  ce qui favorisera les actions spéculatives et les surfacturations.  La banque d’Algérie procède au dérapage du dinar par rapport au dollar et à l’euro afin d’augmenter artificiellement la fiscalité hydrocarbures (reconversion des exportation hydrocarbures en dinars) et la fiscalité ordinaire (via les importations tant en dollars qu’en euros convertis en dinar dévalué), cette dernière accentuant l’inflation des produits importés (équipements, matières premières, biens finaux), montant accentué par la taxe à la douane s’appliquant à la valeur dinar, étant supportée en fin de parcours, par le consommateur comme un impôt indirect, l’entreprise ne pouvant supporter ces mesures que si elle améliore sa productivité. 

En conclusion, l’Algérie doit profiter de cette conjoncture particulière qui ne durera pas ayant des marges de manœuvres, ne devant jamais oublier que le pilier du développement est la bonne gouvernance et la valorisation du savoir. (voir le débat Pr Abderrahmane Mebtoul Radio Beur/Fm Paris  le 30/10/2022 17h sur l’Algérie face aux enjeux géostratégiques et TV- LCP Paris chaine parlementaire sur le réchauffement climatique et la sécurité mondiale a été  diffusée le 31 octobre 2022 à 23h30 en présence de plusieurs experts disponible du YouTube ). Depuis fort longtemps et pas seulement durant la période actuelle, l’Algérie semble chavirer un moment et reprendre avec hésitation ses équilibres à un autre moment. Pourtant, au-dessus de tout, l’Algérie reste un pays dynamique, plein de vitalité, qui se cherche et cherche sa voie. La nouvelle configuration politique, pour aller vers une nouvelle République, doit prendre en charge tant les mutations internes de la société algérienne que la nouvelle architecture des relations internationales tenant compte de notre riche histoire car l’histoire est le fondement de la connaissance et de l’action future. L’Algérie et cela est reconnue par la majorité de la communauté internationale, face aux nouveaux enjeux du monde transition numérique et énergétique  a  les potentialités sous réserve d’une nouvelle gouvernance et la valorisation du savoir pour devenir un acteur stratégique au niveau de l’espace méditerranéen et africain.

  1. M.

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