Visite de la Première ministre de l’Italie, Giorgia Meloni, en Algérie, les 22 et 23 janvier 2023: Faire du bassin méditerranéen un lac de paix et de prospérité partagé

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L a Première ministre de l’Italie  effectuera une visite officielle en Algérie  les 22 et 23 janvier 2023 accompagnée d’une forte délégation. Dans le cadre du respect mutuel, les relations politiques entre l’Algérie et l’Italie sont excellentes.

En plus des dossiers politiques, sécuritaires, (dossier libyen et les tensions au Sahel)  qui seront certainement au cœur des entretiens, le volet économique sera déterminant. Cette présente contribution s’appesantit sur la situation des économies de l’Italie et de l’Algérie et les perspectives de la coopération économique.

1- Cinq   pays (France, Grande-Bretagne, Allemagne, Italie –Espagne) représentent plus de 75 % de la population et plus des 3/4 du PIB de l’UE, l’Italie étant la quatrième puissance  économique en Europe derrière l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne  et la 8e au niveau mondial. Le   produit intérieur brut PIB a été de 2108 milliards de dollars en 2021, avec une estimation  en 2022 de 2272 milliards de dollars  pour une population d’environ 60 millions d’habitants au 1er janvier 2022, soit  plus de 12 fois le PIB de l’Algérie. Selon  l’Institut national des statistiques (Istat), la croissance économique de l’Italie  a connu  un rebond  de +6,7% en 2021,  +3,7% en 2022 et devrait s’accroître +0,3% en 2023  tirée par les investissements et la consommation des ménages. Les réserves de change dépassent les 230 milliards de dollars dont 2451,8 tonnes d’or dont la valeur dépasse les 80 milliards de dollars.

Les importations de biens pour 2021 ont été de 408,93 milliards de dollars de biens et 100,87 milliards de dollars de services, et les exportations de biens 459,06 milliards de dollars  et  99,65 milliards de dollars de services. Une reprise a été constatée en 2021 où l’excédent commercial de l’Italie a atteint 50,4 milliards d’euros bien qu’en  en baisse par rapport aux 63,17 milliards enregistrés en 2020 selon l’Institut national des statistiques (Istat). En 2021, le  déficit budgétaire était de 128,3 milliards d’euros, rapporté au nombre d’habitants, cela correspond à un endettement de 45.304 euros par personne. La dette publique s’est élevée à 153,5% du PIB en 2021, en légère baisse par rapport à 2020 (155,6%) mais nettement au-dessus de la limite de 60% prévue par les règles de Maastricht avec une estimation de 145 ;7% pour 2022 où  la majorité des pays de la zone euro, ont abandonné provisoirement la totale rigueur budgétaire de 3% pour le déficit budgétaire et 60% du PIB pour la dette publique. D’une manière générale, la pandémie de Covid-19 et récemment la crise ukrainienne a affecté l’économie italienne, comme toute l’économie mondiale. Dans la phase de reprise en 2022, la croissance devrait s’appuyer sur la mise en œuvre du plan national de relance et de résilience, adossé à des réformes structurelles, l’Italie ayant bénéficié de l’impact positif du plan de relance européen (209 Md€). Mais la reprise des exportations sera dépendante du rythme de celle du commerce mondial et du marché intérieur. Malgré les incertitudes, l’Italie dispose d’une solide industrie manufacturière spécialisée dans des niches à haute valeur ajoutée et intégrée aux chaînes de valeurs mondiales, la deuxième européenne après l’Allemagne. Structurée autour de PME dynamiques, elle est la source de l’excédent commercial. Mais comme impact de cette situation mondiale incertaine, les conséquences sociales où selon les statistiques de Bruxelles, le chômage a atteint environ 12% en 2021, affectant davantage les jeunes (taux de chômage à 29,3% en 2019) et creusant les écarts entre les régions riches et les régions pauvres, entre le nord et le sud (17,6%), un plan d’action étant en cours pour éviter l’accroissement des disparités régionales. Qu’en est-il de certains indicateurs  économiques de l’Algérie ?  Le PIB  de l’Algérie irrigué directement et indirectement par la rente des  hydrocarbures,  a été  d’environ 180 milliards de dollars en 2022, avec  des réserves de change fin 2022 entre 55/60 milliards de dollars selon les méthodes de calculs incluant ou pas  les DTS e tels réserves d’or  et la composition   de la structure des réserves de change soit en dollars, euros, livres sterling ou autres monnaies. L’Algérie a un endettement extérieur faible 6/7% du PIB, un endettement public selon le FMI à 63% du PIB, devant maîtriser le flux des dépenses , la loi de  finances 2023 prévoyant un déficit budgétaire supérieur à 40 milliards de dollars. Nous avons eu pour 2021 environ 37 milliards de dollars d’exportation et  les  importations  sont estimées par FMI à environ 46 milliards de dollars d’importation, y compris les services, environ 6 milliards de dollars avec une nette amélioration de la balance commerciale en 2022 due à l’envolée du cours des hydrocarbures.  En attendant le bilan officiel pour fin 2022, les statistiques douanières, font apparaître, pour le premier semestre 2022, des importations de 20,223 milliards de dollars, en augmentation de 7,41%  et les exportations  de 25,922 milliards de dollars, en hausse de 48,3% par rapport à la même période de 2021, les exportations hors hydrocarbures en croissance étant constituées à 60/70% de dérivées d’hydrocarbures inclus dans cette rubrique,  avec  une extrapolation  d’une excédent commercial de 17 milliards de dollars  fin 2022. Mais attention le document fiable n’est pas la balance commerciale mais la balance des paiements qui inclut les flux de services et des capitaux.

2- Qu’en est-il des relations commerciales entre  Algérie  et Italie ?  L’Italie reste le premier client de l’Algérie, l’Italie achetant annuellement plus du tiers du gaz algérien exporté, tandis qu’elle occupe la deuxième place parmi les pays de l’Union européenne (UE) fournisseurs de l’Algérie. En 2020, le volume global des échanges commerciaux entre l’Algérie et l’Italie a atteint près de 6 milliards de dollars (USD), dont 3,5 milliards USD d’exportations algériennes vers l’Italie (notamment des hydrocarbures) et 2,42 milliards USD d’importations de ce pays (des équipements surtout). Pour 2021, elles ont connu un accroissement s’établissant à 8,5 milliards de dollars dont 6,6 milliards de dollars d’exportation de l’Algérie, donc un déficit commercial positif pour l’Algérie. Le secteur des hydrocarbures occupe une place importante dans la relation économique algéro-italienne, grâce notamment au partenariat entre le groupe Sonatrach et le groupe énergétique italien Eni, présent depuis 1981 en Algérie. Les deux groupes gèrent le Gazoduc TransMed, aussi appelé Enrico Mattei, reliant l’Algérie à l’Italie via la Tunisie, d’une capacité d’un volume allant jusqu’à 32 milliards de m3 de gaz algérien vers l’Italie, ayant exporté en 2021 environ 21 milliards de mètres cubes gazeux à travers cette canalisation. Espérons l’activation du projet Galsi gelé depuis 2012 qui devait approvisionner la Sardaigne et la Corse d’une capacité» de 8 milliards de mètres cubes gazeux et d’un cout estimé en 2010 à 3 milliards de dollars ( voir conférence du Pr Mebtoul en 2012- www.google.com sur ce sujet lors d’une tournée en Sardaigne pour  défendre ce projet abandonné par l’Italie au profit du gaz russe)  Lors de cette visite, il sera  intéressant de connaître la position officielle de l’Italie, membre de l’union européenne  de la  décision de plafonner prix du pétrole par voie maritime à 60 dollars  le baril ainsi que  les dérivés,  ainsi que  la décision  de la commission européenne de plafonner le prix du gaz à 180 dollars le mégawattheure, à partir du 15 février 2023,  en rappelant que  compromis est assorti de  deux conditions  fixées pour activer le mécanisme : tout d’abord, si les prix à un mois atteignent 180 euros/MWh sur l’indice TTF («Title Transfer Facility») qui sert de référence en Europe sur le marché du gaz et si cette limite est franchie pendant trois jours ouvrables; ensuite il faut que les cours dépassent de 35 euros le prix mondial moyen du gaz naturel liquéfié pendant les trois mêmes jours ouvrables, ce mécanisme étant   désactivé automatiquement s’il y a un risque sur l’approvisionnement ou si la consommation de gaz augmente. Par ailleurs outre  ces mesures quelle sera la position de l’Italie   vis-à-vis du  règlement sur les achats conjoints de gaz naturel qui interdit à   que les États membres se fassent concurrence en recherchant des contrats d’approvisionnement en gaz avec des pays tiers.

3-Qu’en est-il des perspectives après la visite du président de la république en Italie et la visite qu’effectue du  premier ministre italien  à Alger ? L’objectif sera de diversifier la coopération économique, pas seulement  dans l’énergie mais surtout d’impulser les segments hors hydrocarbures dans les infrastructures, les PME, l’innovation technologique, l’agro-industriel et les télécommunications et sur le plan politique de consolider davantage les réalisations bilatérales avec l’objectif commun de promouvoir une plus grande stabilité  dans la région méditerranéenne. C’est dans ce cadre que  responsables algériens et italiens ont   exprimé récemment le  souhait de voir la coopération bilatérale entre Alger et Rome se diversifier, en particulier sur le plan économique. L’Algérie est prête à accroître ses exportations  en direction de l’Europe mais il appartient  aux européens de venir investir en Algérie dont l’Italie.  C’est que nous avons assisté à une baisse des exportations du gaz en volume étant passé de plus de 65 milliards de mètres cubes gazeux vers les années 2007/2008 à 43 en 2021 et des prévisions de 55 en 2022 dont 70% par canalisation et 30% par GNL, idem pour le pétrole plus de 1 millions de barils/j à 500 000 barils/j pour les exportations durant la même période, la consommation intérieure qui va à un rythme exponentiel étant presque identique aux exportations, risquant entre 2025/2030 de représenter presque 80% des exportations actuelles au même rythme de l’actuel modèle de consommation, posant d’ailleurs l’épineux dossier des subventions.( voir audit sous la direction du Pr Mebtoul, assisté des cadres Sonatrach d’experts et du bureau  d’études américain Ernst & Young 2007/2008 le dossier des carburants où nous avons préconisé des subventions cibles ).  Car pour  une production d’environ 100 milliards de mètres cubes gazeux, la structuration est la suivante : exportation, plus consommation intérieure et 25 à 30% d’injection de gaz dans les puits pour éviter leur épuisement et pour pouvoir exporter 100 milliards de mètres cubes gazeux, il faut produire entre 150/170 milliards de mètres cubes gazeux.  A court terme, Sonatrach peut  accroître ses livraisons de gaz vers  pour l’Italie environ  4/5 milliards de mètres cubes gazeux. Comme je l’ai rappelé dans plusieurs contributions nationales et internationales ( voir www.gogle.com février-mars 200[M1] ) sous réserve de certaines conditions, l’Algérie pas avant horizon 2025/2027, pourrait doubler les capacités d’exportations de gaz environ 80/100 milliards de mètres cubes gazeux, actuellement entre 10/11% du marché européen, avec une part entre 20/25% de l’approvisionnement de l’Europe horizon 2025/2027. Et un des axes est l’investissement dans les énergies renouvelables  et l’efficacité énergétique tout en attirant les IDE étrangers  pour avoir 40% des énergies renouvelables pour couvrir la consommation intérieure, horizon 2028/2030 où actuellement malgré les discours cela représente à peine 1% en 2021. La différence d’environ 20 milliards de mètres cubes, utilisant ainsi le Transmed via Italie qui fonctionne en sous capacité, peut servir à l’exportation, étant souhaitable que l’annonce du câble électrique sous-marin reliant l’Algérie à la Sardaigne, un  projet stratégique, soit alimenté par les énergies renouvelables D’où l’importance  d’avoir une vision stratégique de la transition énergétique.

En conclusion, la coopération entre l’Algérie et l’Italie ne concerne pas seulement le volet économique, mais les volets politiques, sécuritaires, et culturels. Sur le plan économique, l’Italie a une longue expérience d’intégration de la sphère informelle qui était dominante par le passé, au sein de la sphère réelle et également un vivier d’expériences pour la dynamisation des PMI/PME qui en fonction de l’adaptation aux situations sociales peut être bénéfique pour l’Algérie dans le cadre de ses réformes structurelles , déterminantes entre 2023/2030. En bref, puissent les relations algéro-italiennes s’intensifier afin de faire du bassin méditerranéen un lac de paix et de prospérité partagé.

  1. M.

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